Ce soir, j’ouvre pour Charlie Winston

4 avril 2025 — Le Podium, Les Pieux

MUNE et Charlie Winston

Il y a des soirs qu’on attend sans trop se l’avouer, de peur de les faire fuir. Celui-là, ça faisait presque un an qu’il mijotait doucement avec Baptiste du Circuit. Plusieurs pistes avaient failli aboutir et puis, l’automne dernier, le nom de Charlie Winston est apparu. J’ai accepté, mon sourire devait se deviner à l’autre bout du fil. Les places se sont vendues en une journée. Un frisson… et puis une jolie liste de choses à préparer.

Charlie Winston. Pour moi, c’est d’abord une chanson qui passait en boucle à la radio quand j’étais au lycée. Like a Hobo. Ces vingt années écoulées entre ce souvenir et ce soir d’avril ont la texture étrange des choses qui se referment sur elles-mêmes. Et puis il y a autre chose : Charlie est signé chez Tôt ou Tard, le label que je rêve de rejoindre depuis les débuts de MUNE.

J’arrive au Podium vers 16h30, voiture chargée à ras bord. Je connais bien cette salle : c’est la plus proche de chez moi, j’y avais déjà joué avec mon ancien projet, ALPHABET, devant un peu moins de monde quand même… Y revenir dans ces conditions a quelque chose d’un peu vertigineux. Notre voiture a rendu l’âme quelques jours plus tôt, on a dû en changer en urgence. Je suis donc déjà soulagé d’être là, à l’heure, en un seul morceau ; c’est une victoire en soi.

Charlie Winston a déjà terminé ses balances. On décharge, j’installe, je branche rapidement. J’ai mis au point un système MIDI pour que les changements de son entre les morceaux se fassent en un appui. Pas question que la technique prenne le dessus sur la présence. La production m’a accordé quelque chose d’assez rare : tous mes instruments sur scène, et quarante minutes de set !

Mon ingé son Romuald ne peut pas être là ce soir. Plusieurs collègues malades, une série de coïncidences malheureuses. C’est Brice, l’ingénieur du Circuit, qui reprend les bases qu’il avait enregistrées dans la table. Les balances sont rapides, efficaces. Céline est là aussi, pour chanter avec moi sur un morceau, mais aussi pour donner son avis sur le son. Elle connaît mon univers mieux que personne, et Brice n’a jamais entendu MUNE en concert. Ses indications sont précieuses.

On mange tous ensemble avant le concert : l’équipe du Podium, celle du Circuit, Charlie Winston et son groupe. Je n’ai jamais très faim avant de jouer. Harold, le photographe officiel de la soirée, vient me saluer. Il m’explique qu’il écoute toujours les artistes avant de les photographier et qu’il a beaucoup aimé mon univers, mes vidéos, ma musique. Ces quelques mots simples font beaucoup de bien juste avant de monter !

20h30. Le technicien en bord de scène parle dans son talkie-walkie.
La musique s’arrête, les lumières s’éteignent.
C’est à moi.

J’arrive sur scène. Je retourne mon sablier, symbole discret du temps qui passe et qui compte. Au milieu de la foule, j’entends : On t’aime Maxime ! Je ris. Mes amis du water-polo sont bien là. Je commence à enregistrer mes premières boucles de voix. C’est parti.

Dès le premier morceau, ça ne circule plus, je sens que les gens sont là, vraiment là. On me le dira après : c’est assez rare pour une première partie. Au deuxième morceau, Après l’orage, je vois quelque chose se poser dans certains regards. Une femme, dans les premiers rangs, chante les paroles. C’est l’un des plus beaux cadeaux qu’on puisse me faire.

Plus loin dans le set, je joue Smells Like Teen Spirit au piano avant d’inviter Céline à me rejoindre. Il y a des gens dans la salle qui nous connaissent tous les deux à travers Abisko, notre duo. Pour moi, c’est un moment où quelque chose se dépose. Les regards ne sont plus uniquement sur moi, l’équilibre change, et je chante pour notre fils une chanson que j’ai écrite pour lui, avec elle à mes côtés.

Pour le final, je monte sur les subwoofers devant la scène, micro à la main. Je pousse les derniers cris du Réveil animal, quelque chose de sauvage, comme un loup qui hurle face à la pleine lune. Le sablier est vide.

Dans les coulisses, à la fin de la soirée, j’entends qu’on m’appelle : Mune ! C’est Charlie Winston. Je vais le voir. Il me dit qu’il voulait me dire qu’il aime beaucoup ma voix, que le mélange de boucles et de live fonctionne vraiment, que c’est rare que ça tienne aussi bien en solo. Je lui dis que je rêve d’intégrer Tôt ou Tard, que ça serait beau de se recroiser dans leurs bureaux un jour, mais que je n’ai pas encore réussi à leur faire entendre ma musique. Il sourit en m’expliquant que lui-même n’a pas toujours le temps d’être écouté. Mais qu’il en touchera deux mots à Vincent, le directeur, à l’occasion. Je lui offre un vinyle et écris quelques mots pour le remercier de ses chansons.

Le sommeil mettra du temps à venir, mais d’un côté, tout s’est passé comme il fallait, je peux continuer de rêver en paix.

— MUNE, AVRIL 2025 —

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